1. Introduction
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Bienvenue dans l’exposition « NOREGR – Récits du Moyen Âge »
Bienvenue à l'exposition NOREGR – Récits du Moyen Âge.
Rencontrez le chevalier, le fou et le cuisinier. À travers ces personnages et d'autres découvertes archéologiques, plongez dans l'histoire de la Norvège entre l'an 1000 et 1500 après Jésus-Christ. Cette période, qui succède à l'ère viking, est marquée par l'intersection des traditions nordiques, du christianisme et de l'héritage culturel de l'antiquité. Les influences européennes transforment alors profondément la culture et la société, forgeant les prémices de la Norvège contemporaine.
Les rencontres se font sur les places publiques, au sein des églises et dans les tavernes. Que cuisinent-ils et que contiennent leurs coupes ? Au Moyen Âge, la gastronomie s'enrichit des influences du Moyen-Orient et de l'Europe centrale. Le parfum des épices importées s'entremêle avec les ingrédients locaux, surtout dans les villes. Des marchands allemands et anglais apportent des produits de luxe exotiques et des denrées essentielles comme le seigle, le malt et les haricots.
Plusieurs des pièces que vous voyez exposées ont été découvertes récemment à Oslo. Notre compréhension de la cuisine du Moyen Âge s’est considérablement enrichie grâce à l’analyse de marmites, d’ossements et de résidus végétaux découverts dans la ville.
Découvrez les secrets de la vie médiévale en sélectionnant les numéros marqués du symbole de l'audioguide. Pour plus d'informations sur les traditions culinaires de l'époque, scannez les codes QR disponibles. En cas de questions sur l'utilisation de l'audioguide, n'hésitez pas à vous renseigner auprès des employés du musée.
Nous vous invitons à plonger dans l'aventure fascinante de Noregr!
2. La Norvège en Europe
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Le Chevalier – un bout d’Europe en Norvège
Ce petit chevalier a été découvert en 2015 à Bjørvika à Oslo lors de la construction de la ligne ferroviaire Follobanen. S’agit-il d’un jouet ou d’un souvenir ramené de l’étranger ? Nous ne le savons pas, mais il est certain que la Norvège a, elle aussi, été influencée par la culture chevaleresque européenne du Moyen Âge. Ce personnage en étain date probablement des années 1250 à 1350. Un personnage similaire a été retrouvé à Londres.
En 1277, le roi Magnus le Législateur a décidé que certains gardes royaux seraient appelés chevaliers. Les chevaliers étaient les fidèles guerriers à cheval du roi. Ils étaient non seulement au service de Dieu et de la société, mais ils sont aussi devenus des modèles pour toute la société. Car un chevalier est courageux, érudit et mesuré. Même lorsqu’il tombe amoureux, il doit se comporter avec mesure et chevalerie. Il est tout simplement courtois, c’est-à-dire, « comme il convient à la Cour ».
Les idéaux du chevalier se sont répandus à travers l’art, la littérature et la musique, mais aussi lors des croisades et des mariages entre les maisons royales et les familles princières en Europe. En 1299, le fils de Magnus le Législateur, Håkon, épousa Eufemia, originaire de l’actuelle Allemagne. La reine Eufemia apporta en Norvège sa passion de la littérature. À la cour d’Oslo, on lisait à haute voix des romans chevaleresques européens et Eufemia veilla à ce que plusieurs récits européens soient traduits et adaptés en suédois.
3. Les métiers en mouvement
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Pierres du Moyen Âge à Oslo
Les savoir-faire et les artisans transitaient d’un pays à l’autre, et de nouvelles méthodes de construction arrivèrent ainsi en Norvège. Nous voyons ici les restes de deux bâtiments en pierre d’Oslo. Si vous le souhaitez, vous pouvez les toucher. Le sommet du pilier, appelé chapiteau, provient du monastère de l’ile Hovedøya dans le fjord d’Oslo. Il témoigne des liens entre le Moyen Âge européen et l’architecture de l’Antiquité. Alors que les artisans scandinaves de l’époque viking sculptaient souvent des motifs de serpents et d’animaux fantastiques, les plantes sont devenues à la mode au Moyen Âge.
L’autre pierre faisait probablement partie de la cathédrale Saint-Hallvard, dont on peut encore voir les ruines dans le quartier Gamlebyen, la vieille ville d’Oslo. Il s’agit d’une clé de voûte qui relie les arcs d’un plafond voûté. À cette époque, les constructeurs réussissaient à ériger de hautes voûtes croisées. Cela donnait à l’église un une acoustique nouvelle et particulière. Une clé de voûte peut être décorée sur sa face inférieure puisqu’on est censé la regarder d’en bas. Ici, dans l’exposition, elle est placée à l’envers.
À cette époque, les églises en bois étaient les plus répandues à Oslo et dans toute la Norvège. Cependant, un bâtiment en pierre, solide, incitait à davantage de respect envers celui qui le faisait construire ; qu’il s’agisse d’un roi ou d’un évêque. De récentes fouilles à Oslo ont révélé que de nombreuses autres maisons de la ville avaient elles aussi des caves construites en pierre.
Ay numéro 31 le tailleur de pierre Chris Fleurie raconte.
4. Les bagues et les gemmes
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Les bagues et les gemmes ne sont pas seulement belles, elles renfermeraient aussi des pouvoirs cachés. C’est du moins ce que l’on pensait au Moyen Âge, à savoir que des éléments de la nature pouvaient influencer l’avenir, qu’une belle pierre précieuse pouvait aider la personne qui porte l’anneau au doigt – ou autour du cou. Les pouvoirs de la bague ou du bijou dépendent de la pierre utilisée, de sa couleur, de son éclat et de sa forme. D’après un expert en gemmologie du Moyen Âge, un saphir bleu rendrait l’homme vertueux et refroidirait le feu intérieur. Le saphir bleu monté sur la bague en or était peut-être une pierre qu’il était judicieux de choisir pour des fiançailles ? Les anneaux pouvaient être utilisés pour faire des alliances. Au dos de la bague en or sertie d’un cristal de roche, on voit une poignée de main gravée dans le métal.
Si des noms, des mots sacrés, ou des prières étaient gravés sur le bijou, celui-ci était considéré comme particulièrement puissant. Sur l’anneau en argent monté d’une pierre blanche, nous pouvons lire « Ave Maria Gratia Plena ». Cela signifie : « Je vous salue Marie, pleine de grâce ». Les lettres sont réalisées en nielle, un alliage d’argent, de plomb et de cuivre. La pierre est en calcédoine, censée aider à lutter contre la dépression, la mélancolie et la faiblesse. La bague a été trouvée en 1868 dans les ruines de l’église Sainte-Marie dans la vieille ville d’Oslo. Nous savons que le père de la reine Eufemia y est enterré. Witzlav de Rügen a visité Oslo à Noël en 1302 et est rapidement tombé malade avant de décéder 5 jours après Noël. Cette bague lui appartenait-elle ?
5. Les vêtements créent une identité
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Les sculptures et les peintures médiévales représentent souvent des personnes avec de beaux vêtements, du pouvoir et de la richesse. Ces personnes pouvaient s’offrir de la soie, de la belle laine teintée et du lin fin. Mais les vêtements des gens ordinaires étaient souvent confectionnés à la maison et rapiécés plusieurs fois. Les plantes et les insectes donnaient aux tissus des couleurs rouges, jaunes, vertes et bleues. Mais les variations naturelles de la couleur de la laine pouvaient aussi être utilisées pour tisser de beaux motifs.
En haut à gauche, vous remarquerez que la seule capeline à capuche à être conservée en Norvège illustre bien comment les modes voyageaient. C’est sur la tête d’une jeune fille enterrée sous le sol de l’église en piliers de bois d’Uvdal qu’on l'a découverte. Cette capeline à capuche d’Uvdal, dont la fabrication est maison, est pourtant à la mode des riches et des élégants d’Europe, mode qui arriva rapidement en Norvège dès la fin du 13e siècle. La longueur de la capeline, le tissu et la couleur permettaient de faire la distinction entre les gens. En Islande, l’évêque a par la suite fixé une limite à la longueur des capelines à capuche que les prêtres étaient autorisés à porter : pas plus de deux doigts de large et un demi-mètre de long !
Dans la vitrine, on voit aussi les restes d’une robe plissée. C’est une mode qui a émergé dans les villes au 12e siècle et qui a rencontré vif succès pendant une centaine d’années. Avec les boutons, il devint possible à partir de la fin du 14e siècle de confectionner des vêtements près du corps – encore un phénomène de mode. Mais le roi Håkon V interdit aux gens de porter des vêtements coûteux pour se pavaner. « Cela n’est guère utile à ce pauvre pays », déclara-t-il au début du 14e siècle.
6. Les hommes libres possèdent des armes
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Les armes – et les lois sur les armes
Les lois imposaient aux hommes libres de posséder des armes en fonction de leur richesse. Selon le code national de Magnus le Législateur, les gens ordinaires devaient posséder des boucliers et des lances, des épées ou des haches. Les plus riches devaient porter un casque en acier. Selon les lois applicables à la garde royale, les gardiens du roi devaient aussi avoir « une épée et un bouclier, comme un petit bouclier d’escrime, un chapeau d’acier, c’est-à-dire un casque, et une lance, mais en temps de trouble, ils devaient être entièrement armés ». Si vous faisiez partie de la garde royale, vous deviez également avoir une « cuirasse ou une cotte de mailles ».
Chaque année, les paysans devaient se réunir en assemblée spéciale pour prouver qu’ils possédaient leurs « armes du peuple ». Cette assemblée avait lieu en février dans tout le pays. Vous receviez une amende si vous ne vous y présentiez pas : 1 sous d’argent plus 1 centime pour chaque arme manquante.
Le casque de gauche était populaire parmi la classe dominante en Norvège au Moyen Âge, mais celui-ci est particulièrement bien fait. Peu nombreuses étaient les personnes en Norvège qui se battaient à cheval. La plupart faisaient la guerre à pied. Elles s’exposaient alors à des dangers venant d’en haut, tels que des coups d’épée, des flèches ou des pierres jetées depuis les hauteurs des châteaux ou des fortifications. Il était donc utile de porter un couvre-chef à large bord pour protéger sa nuque et ses épaules, tout comme le casque en haut à droite.
7. Le commerce et la religion reliaient la Norvège au reste de l’Europe
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Les marchands allemands de la Ligue hanséatique dominaient le commerce en Europe du Nord. Des navires partaient de Bergen et de Norvège lourdement chargés de poissons, mais aussi de beurre et de bois. Ils revenaient avec du seigle, des tissus et du vin.
Des religieuses et des moines étrangers fondèrent des monastères en Norvège. Le tout premier est probablement celui de Nidarholm, près de Trondheim, tandis que le monastère de l’île Hovedøya date de 1147. La vie dans le monastère devait être simple. Mais comme le montrent ces carreaux de sol, les monastères apportèrent eux aussi des formes et des idées empruntées aux monastères et aux cours d’Europe. Avec les moines et les religieuses, le nombre des personnes sachant lire et écrire augmenta dans le pays. Ils apportèrent également de nouvelles connaissances sur les médicaments et l’horticulture.
Des pèlerins quittèrent la Norvège pour trouver le salut et obtenir de l’aide contre la maladie. Le voyage de ceux qui avaient le temps et l’argent pouvait les mener jusqu’à Rome ou Saint-Jacques-de-Compostelle. Mais la plupart d’entre eux faisaient un pèlerinage jusqu’à un lieu plus proche, comme la cathédrale Saint-Hallvard à Oslo ou la tombe de Saint-Olav à Nidaros, aujourd’hui nommé Trondheim. Certains pèlerins ont aussi sûrement fait chemin jusqu`à la ville de Charlemagne, Aix-la-Chapelle, située en Allemagne actuelle. C’est ce qu’indique l’enseigne de pèlerinage ronde trouvée à Tynset. Ces petites décorations métalliques prouvaient que le pèlerinage était terminé. Elles apportaient un peu de sacré dans la vie quotidienne à la ferme ou en ville.
D'autres partaient combattre pour leur foi, tels les croisés. Du Moyen-Orient, certains rapportèrent la tradition des magnifiques aiguières appelé aquamanile utilisées pour les ablutions rituelles, comme celle de ce chevalier. Ces aiguières servaient à verser de l'eau lorsque le prêtre se lavait les mains après la célébration de l’Eucharistie.
8. Nouvelles histoires
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Le Moyen Âge apporte des idées nouvelles et de nouvelles histoires
C’est tout le thème de cette salle, mais examinons d’abord le visage sculpté qui a été retrouvé dans la vieille ville d’Oslo. Était-ce le haut de la canne qu’un bouffon utilisait lorsqu’il jonglait ou racontait des histoires ? Dans une peinture hollandaise du 16e siècle, le visage sur le sceptre du bouffon ressemble au visage du bouffon. La canne pouvait en quelque sorte parler pour le bouffon quand il divertissait. Cela a-t-il poussé le bouffon à redoubler d’audace ? Cette tête de marotte pourrait dater d’environ 1300.
Les bons conteurs prenaient toujours place autour des cheminées des salons, des tavernes et des résidences royales. Mais l’écrit pris ensuite davantage d’importance. Souvent lus à haute voix, les récits chevaleresques et les légendes de saints étaient censés éduquer et divertir en même temps. Lorsque le père du roi Magnus VI le Législateur était sur le point de mourir, il demanda à ce qu’on lui lise les sagas royales à haute voix. Les peintures et la musique véhiculaient aussi des valeurs, créant ainsi de nouvelles expériences et des liens entre les gens. Les retables et les sculptures de saints colorés des églises indiquaient aux gens le chemin de la vraie foi.
L’écriture runique a été utilisée tout au long du Moyen Âge, qu’elle soit gravée sur un objet que l’on possédait ou que l’on utilisait, tel un bâton ou un os, ou sur un objet de la vie de tous les jours. Il y avait aussi des inscriptions runiques dans les églises médiévales et les bâtiments de ferme. Les découvertes d’inscriptions runiques nous permettent de mieux connaître les gens ordinaires, qui partageaient de cette manière des nouvelles et des commérages ou demandaient de l’aide à Dieu.
9. Saints et modèles à suivre
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Sainte-Marie et Saint-Olaf
Nous nous trouvons maintenant devant les saints les plus célèbres de la Norvège médiévale. Marie et Olaf sont des modèles importants pour tous les habitants, qu’ils soient rois, reines ou simples paysans. Les deux sculptures proviennent de l’église de Fresvik à Sogn, dans l’ouest de la Norvège, et datent du Haut Moyen Âge, au milieu du 13e siècle.
Saint-Olaf est vêtu comme un roi d’une élégante cape rouge doublée de fourrure sur une longue tunique dorée. Il porte des bas à motifs particulièrement élégants et des chaussures pointues. Dans sa jeunesse viking, Olaf avait ravagé l’Europe du Nord. Et pour devenir roi de Norvège, il avait fait appel à des prêtres et eu recours aux armes. Le roi a ensuite exigé que tout le monde croie au Christ blanc. C’est ainsi qu’on appelait le Christ au moment de la christianisation. Mais Olaf se fit de nombreux ennemis et fut tué en 1030. Des histoires ne tardèrent pas à se répandre à propos de miracles sur la tombe d’Olaf. L’évêque de Nidaros le canonisa, et la ville devint un lieu de pèlerinage important. Par la suite, au Moyen Âge, on se souvînt de lui comme étant le fondateur du royaume chrétien de Norvège et des plus anciennes lois norvégiennes.
Le manteau de Marie est doré. Il est également doublé de fourrure. Sous son manteau, elle porte une longue tunique dorée qui descend jusqu’aux bouts pointus de ses souliers. La sculpture est inspirée d’Angleterre, mais elle a peut-être été réalisée en Norvège au milieu du 13e siècle. Marie est la mère de Jésus et elle vient en aide à l’humanité. De nombreuses églises médiévales ont des autels spécifiquement dédiés à Marie.
10. Amulettes et sceaux
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Nous sommes ici devant plusieurs objets en métal
Le morceau de plomb à gauche a été découvert à Gamlebyen, la vieille ville d’Oslo. C’est une amulette censée protéger ses propriétaires de la maladie et du mal. L’inscription et le métal lui-même y veillent. Contre le peuple des elfes, il faut écrire dans du plomb, peut-on lire dans un manuscrit des années 1300.
Le mot grec qu’on arrive à lire sur l’amulette est Tétragramme. Il signifie « les quatre lettres », et fait référence à la manière hébraïque d’orthographier le Seigneur : J H V H, c’est-à-dire Yahvé. Les runes suivantes peuvent signifier Olavus sanktus, c’est-à-dire Saint-Olav. Des chercheurs ont pu lire certaines parties de l’inscription aussi à l’intérieur de l’amulette en utilisant des techniques de rayonnement avancées.
À côté de l'amulette, il y a un sceau de plomb. Des archéologues l’ont découvert tout près du palais épiscopal médiéval d’Oslo. Il s’avère qu’il s’agit du sceau d’Innocent IV, pape de 1243 à 1254. Un sceau permet d’attester qu’une lettre provient bien du dit expéditeur. Ce dernier est pour ainsi dire présent en vertu du sceau. Le sceau est fabriqué en pressant un cachet de sceau, ou tampon, dans de la cire ou du plomb. Quiconque falsifiait le sceau du roi était condamné au bannissement, il était mis hors la loi. Le sceau rond à l’avant appartenait au doyen de l’église Sainte-Marie d’Oslo. Il s’agissait du principal associé du roi et du chancelier du pays. On peut donc considérer que l’église Sainte-Marie est le premier ministère de Norvège.
11. Amour maternel
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L’histoire que raconte un tableau
Cette peinture était placée devant un autel dans l’église de Tingelstad à Hadeland, à une heure au nord d’Oslo. Au milieu, Marie et l’enfant Jésus se regardent avec amour. Marie est la Mère de Dieu, et la sainte la plus importante de l’Église. Elle est ici habillée et couronnée comme une reine, la Reine du ciel. Le fruit dans sa main est un signe de fertilité.
Les tableaux autour de Marie et de l’enfant évoquent le grand mystère par lequel Marie a donné vie à Jésus, le fils de Dieu. Tout en haut à gauche, on voit l’ange Gabriel lever le doigt pour annoncer à Marie qu’elle va être mère. Le jour de l’Annonciation faite à Marie est célébré à la fin du mois de mars. Ce sont les premiers mots prononcés par Gabriel qui sont peints dans tout le tableau : « Je te salue Marie, pleine de grâce ». À la droite de Marie, on voit deux femmes qui s’enlacent. C’est Marie qui rend visite à sa parente Élisabeth et lui annonce qu’elle est enceinte. Élisabeth, elle aussi, est enceinte. On célèbre le jour de la Visitation de Marie le 2 juillet.
En haut à droite, un ange annonce la naissance de Jésus aux bergers à l’extérieur de Bethléem. Vous noterez que l’un des bergers porte des vêtements cousus avec des tissus verts et jaunes – c’était à la mode au Moyen Âge.
En bas à gauche, on peut voir trois rois. Ce sont les Rois Mages qui apportent des cadeaux à Jésus. Le 6 janvier deviendra une fête importante pour commémorer les rois qui ont confirmé la naissance de Jésus.
En bas à droite, Marie, Joseph et l’enfant se rendent au temple. Cela se passe quarante jours après la nuit de Noël, au moment où la purification de Marie se termine. Une messe de la lumière sera célébrée le 2 février.
Le fond légèrement brun du tableau était à l’origine brillant, grâce à de la feuille d’argent polie et recouverte de lasure jaune transparente. Depuis que le tableau a été peint à la fin du 13e siècle, l’argent et la lasure se sont assombris. Les restaurateurs de tableaux ont aujourd’hui créé une copie de ce tableau. Elle nous montre comment l’or d’imitation brillait lorsque la lumière éclairait le tableau situé devant l’autel de l’église médiévale. Pour la voir et en savoir plus – en anglais – sur le tableau, scannez le QR code.
12. Deux alphabets en usage
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Les runes du Moyen Âge
Avec le christianisme, on assiste aussi à l’arrivée de l’alphabet latin. Des lettres sur un parchemin en fine peau de veau mettent de l’ordre dans les contrats et transmettent des connaissances, des valeurs et des lois. Mais comme nous pouvons le constater ici de nombreux objets retrouvés dans les villes médiévales indiquent que les gens ont continué à graver des runes jusqu’au 15e siècle. Les graveurs de runes du Moyen Âge utilisaient davantage de caractères qu’à l’époque viking. Les formes de certaines runes ont également changé. Grâce aux inscriptions runiques sur bois et sur os dans la vitrine, nous découvrons la vie quotidienne, les sentiments et les croyances des gens. Par exemple, qui est ce Nikolas « qui aime tant la femme nommée Gyrid » ? Et qui est Gyrid ? Le fusaïole autour duquel sont gravés les mots était-il un cadeau pour cette dernière ? Ou l’inscription correspond-elle simplement à des ragots amusants que les fileuses s’échangeaient entre elles ? L’os runique en haut au centre donne un aperçu d’histoires et de potins plus pimentés de l’Oslo médiéval. Asseyez-vous sur le banc, et écoutez l’échange lu en vieux norrois et traduit en française.
Sur l’une des extrémités du petit bâton du milieu, quelqu’un a taillé une simple tête humaine. Sur le côté opposé, on trouve les six premiers caractères de l’alphabet runique, f u þ [th] o r k. C’est un exercice d’écriture simple, et ces runes ont donné le nom que nous utilisons aujourd’hui à l’alphabet runique, le futhark. Mais au fond d’un tonneau en bois trouvé dans la vieille ville d’Oslo, nous ne trouvons que les trois premières runes du futhark. Peut-être l’« abc » des runes est-il une décoration sur cette pièce en bois ? Ou bien les runes ont-elles une double signification ? Fuð signifie également la partie du corps entre les fesses en vieux norrois, et est probablement apparenté à l’un des mots désignant l’organe génital féminin en norvégien populaire, fitte.
Les lettres latines et les runes pouvaient également aller de pair. Sur le bâton runique en bas à droite, il est notamment écrit « La main de Dieu... » (manus Domini) en latin. Sur les deux autres côtés du même bâton, c’est écrit en vieux norrois. Le texte partiellement endommagé, se lit peut-être « Bryngjerd, c’est... C’est vrai ». Le message pieux est-il ici que Bryngjerd a remis sa vie entre les mains de Dieu ?
L’inscription la plus longue se trouve sur le mince bâton runique en bas à droite. Il vient de Tønsberg et a des inscriptions sur ses quatre côtés. Le texte évoque, entre autres, l’enseignement des runes : « Steingrim et moi avons beaucoup parlé ensemble parce que je veux ainsi apprendre les runes ».
13. Les idées courtoises
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« Avec mes doigts gelés, j’ai tiré de la terre ce que je pensais être une grosse arête de poisson. Quand je l’ai retournée, je me suis retrouvée nez-à-nez avec le visage souriant d’un personnage avec une couronne et un gerfaut au bras. » C’est ainsi que l’archéologue Ann-Ingeborg Floa Grindhaug, de l’Institut norvégien de recherche sur le patrimoine culturel, raconte le moment où elle a trouvé la belle figure tenant un faucon gerfaut dans ses bras. Il s’agit probablement du manche d’un couteau ou d’un autre outil.
Les rois et les reines puisaient dans les cours d’Europe des idées sur la vie juste et bonne. À Oslo, vers 1300, la reine Eufemia fit traduire la littérature courtoise qu’elle connaissait depuis son enfance à Rügen, dans l’actuelle Allemagne. Le mot « cour » a bel et bien donné naissance au mot courtois. Ces idéaux courtois se sont répandus dans toute la société au Moyen Âge.
Le livre norvégien Le Miroir royal a été écrit au milieu du 13e siècle pour éduquer les fils des rois norvégiens. Ils devaient apprendre les langues, la géographie et le commerce. Un roi doit en priorité s’occuper de son peuple et de son royaume, mais il peut parfois s’amuser « avec des faucons, des chiens, des chevaux ou des armes », peut-on y lire. Il doit faire preuve de maîtrise devant son verre de vin et les pions de son jeu. Le roi doit en effet donner le bon exemple aux autres, et l’auteur inconnu met en garde : « ... ne buvez jamais au point de devenir ivre ; car bien souvent, vous pouvez être appelé à trancher des litiges entre personnes ... ou avoir besoin de régler vos propres affaires délicates. »
14. Fidèles à Dieu et au roi
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L’Église, le roi et le pape
Au Moyen Âge, tous les habitants du pays appartenaient à la communauté catholique dont le pape à Rome était le chef suprême. Sur cette peinture à l’huile, on voit le tout premier pape, Saint-Pierre. C’était l’un des disciples de Jésus et, selon la tradition, il est devenu par la suite évêque de Rome. Sur cette peinture à l’huile, Pierre tient dans la main droite son attribut : les clés du Royaume des cieux. Au Moyen Âge, tout le monde devait payer au pape ce qu’on appelait l’impôt de Rome ou le tribut de Pierre.
Saint-Pierre a été peint vers 1250 sur une porte en chêne. C’était l’une des quatre portes d’un retable de l’église de Fåberg, au nord de Lillehammer. Les jours de fête en l’honneur de Marie, le prêtre en ouvrait les portes. L’intérieur du retable recelait une figure de Marie, d’une taille comparable à la sculpture de Marie de Fresvik, que l’on peut voir à la droite de Saint-Olav. À l’intérieur de la porte, des motifs peints en relief illustrent des scènes de la vie de Marie sur un fond scintillant imitant l’or.
Au Moyen Âge, la foi accompagnait les gens de leur naissance à leur mort, que ce soit dans la vie quotidienne ou dans les fêtes. Lors de certaines fêtes, la congrégation marchait en procession solennelle d’autel en autel, ou même dehors. Le prêtre ouvrait la marche avec un crucifix ou un bâton. Le crucifix à émail bleu vient de la ville de Limoges en France où il a été fabriqué.
Le code national, ou landslov, stipule que Dieu a chargé le roi d’être un médiateur dans le monde séculier et l’évêque de gouverner le monde spirituel. Parfois, il pouvait y avoir un conflit pour savoir qui du roi ou de l’église aurait le dernier mot. L’Église et le Roi ont cependant cohabité de manière pacifique pendant de longues périodes, chacun tirant profit du pouvoir de l’autre.
15. Une fenêtre sur le sacré ?
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Cette petite trappe vient de l’église à piliers de bois située dans la ville de Nesbyen, jusqu’à la démolition de l’édifice en 1864. On a avancé plusieurs hypothèses quant à son usage. S’agissait-il d’une trappe de confession à travers laquelle le croyant pouvait parler au prêtre ? Ou bien le prêtre l’utilisait-il pour donner la communion aux malades qui ne pouvaient pas entrer dans l’église, les lépreux par exemple ? L’explication la plus probable est qu’il s’agissait d’une trappe dans le mur de l’église que les croyants du village pouvaient ouvrir de l’extérieur. Ils avaient alors vue sur un autel et une figure sainte, pour réciter leurs prières sans avoir à pénétrer dans l’église. Nous pouvons lui donner comme nom “trappe de dévotion”. Les peintures et sculptures colorées dans l’église rendaient le sacré plus accessible et contribuaient à donner de la force aux gens dans leur vie de tous les jours.
L’église de Nesbyen a été construite au 13e siècle. Au 19e siècle, de nombreuses paroisses ont eu besoin d’églises plus grandes pour accueillir leur population croissante. Les gens souhaitaient aussi avoir des lieux de culte plus lumineux et plus chaleureux, de préférence sur le lieu même où se trouvait l’ancienne église. C’est ainsi que de nombreuses églises anciennes ont disparu. C’est peu à peu que l’idée de préserver les plus belles constructions et l’art ecclésiastique a émergé. Au rez-de-chaussée du musée, vous pouvez voir plusieurs portails d’église à piliers de bois ainsi que des décorations d’églises médiévales norvégiennes.
16. Une cuillère en corne de renne
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Découverte par des archéologues dans la Vieille Ville d'Oslo dans les années 1970, cette cuillère du XIIe siècle était essentielle tant pour le cuisinier que pour l'invité.
À l'époque, les cuillères variaient grandement en formes et en tailles, confectionnées dans des matériaux diversifiés comme la corne, l'os, l'argent, ou le bronze, bien que le bois fût prédominant. Cet exemplaire en bois de renne se distingue par ses décorations en doubles cercles, un motif apprécié tant à l'âge du fer qu'au Moyen Âge. Le bois de renne, particulièrement malléable, servait aussi fréquemment à la fabrication de peignes. Les bois de renne utilisés provenaient généralement de chasses dans des régions telles que Hardangervidda, Rondane ou Dovre.
17. Nouveaux produits et nouvelles impulsions
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Dès le milieu du 13ème siècle, les marchands hanséatiques allemands, grâce à leur réseau commercial robuste établi le long des mers du Nord et de la Baltique, dominent le commerce sur la côte norvégienne. Ces marchands introduisent non seulement des épices, du vin, des haricots, et du seigle, mais aussi des méthodes culinaires innovantes, ouvrant ainsi la porte de la Norvège aux influences gastronomiques européennes. À cette époque, les épices, aujourd'hui souvent associées aux festivités de Noël, sont broyées dans un mortier pour assaisonner les viandes et les poissons, reflétant les influences des cuisines du Moyen-Orient. De ces contrées provenaient aussi des idées liées au plaisir et aux sensations, s’intégrant aux savoirs médiévaux sur l’usage médicinal des aliments.
De nombreux produits nouveaux étaient importés dans des pots en céramique. Des études récentes montrent que la grande cruche claire et étroite dans la vitrine contenait autrefois du vin rouge, et était peut-être scellée avec de la résine. Découverte lors de fouilles archéologiques en 2022, la cruche en céramique ornée d'un visage barbu provient de Scarborough en Angleterre. De telles cruches étaient très prisées, et certaines ont trouvé leur chemin jusqu'aux villes médiévales norvégiennes. Utilisées pour servir du vin et de la bière, elles sont populaires parmi les marchands et les personnes suffisamment aisées.
Les amphores, reconnaissables à leur col étroit et à leur double anse, étaient utilisées pour le transport et le stockage de vin, d'huile, de céréales et d'autres produits alimentaires dans le bassin méditerranéen. Au Moyen Âge, ces vases ont également été acheminés vers le nord de l'Europe. En Norvège, l'on découvre rarement des amphores ; parmi celles trouvées, une à Oslo se distingue, possiblement originaire de Byzance, l'Empire romain d'Orient.
18. Les épices dans la cuisine du Moyen Âge
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Importées de régions aussi diverses que l'Indonésie à l'est et la Guinée en Afrique au sud, les épices exotiques conféraient un prestige inégalé aux mets du XIe et XIIe siècles. Ces épices, rivalisant en luxe avec la soie et les pierres précieuses, rehaussaient le prestige des plats et des hôtes qui les servaient. Si, aujourd'hui, ces épices évoquent principalement les fêtes de Noël et les douceurs sucrées, leur usage au Moyen Âge était bien différent. Ces mélanges d'épices rares et coûteuses rehaussaient les saveurs des sauces raffinées destinées à accompagner viandes et poissons.
Dans la vitrine, nous avons rassemblé une sélection d'épices mentionnées dans les manuscrits médiévaux. Parmi celles mentionnées dans les recettes médiévales figurent le poivre long et les grains de paradis, aussi connus sous le nom de poivre de Guinée, aujourd'hui rarement utilisés en cuisine norvégienne. Une carte illustre les régions d'origine de ces épices, bien que certaines, comme le safran, conservent encore des origines mystérieuses.
Indispensable en cuisine médiévale, le mortier était utilisé, comme aujourd’hui, pour moudre épices et herbes, mais également pour broyer le pain destiné à épaissir ragoûts et sauces. Pour préparer de l'huile de noix, le mortier était d'abord chauffé, avant d'y broyer les noix et le sel. À cette époque, les mortiers étaient généralement fabriqués en stéatite, bien que celui-ci soit sculpté dans une roche différente.
19. Équipement de base de la cuisine
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Étonnamment, les ustensiles de base des cuisines médiévales ressemblent à ceux que nous utilisons encore aujourd’hui, un millénaire plus tard. La cuillère, le plus souvent fabriquée en bois, existait dans une variété de formes. Des fouilles archéologiques ont révélé des cuillères percées d’un trou au centre, surprenamment semblables à certains modèles en bois que l’on trouve encore dans le commerce. Le fouet médiéval, connu sous le nom de tvar, se fabriquait à partir de la cime d’un arbuste de sapin, maintenue par un anneau de fines branches. Quant aux louches, elles étaient souvent plus courtes que celles d’aujourd’hui et fabriquées dans des matériaux comme la stéatite ou le bois. Polyvalentes, les louches en pierre servaient non seulement à verser des liquides mais aussi à broyer des épices et à moudre des herbes.
Les spatules longues, étroites et plates étaient des outils indispensables pour manipuler la pâte, notamment pour retourner les galettes, appelés lefse, et les pains plats sur les pierres chaudes. La nourriture quotidienne incluait de nombreux pains plats non levés, fréquemment préparés à partir de céréales telles que l’orge ou l’avoine. En revanche, la fabrication de pain au levain nécessitait un four à pain et des céréales plus riches en gluten, telles que le blé ou le seigle.
20. Préserver les denrées alimentaires
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Sans réfrigérateur ni congélateur, la conservation des aliments, une nécessité absolue, reposait sur des techniques telles que le salage, le séchage, le fumage, la cuisson et la fermentation. Ces méthodes n'assuraient pas seulement la préservation des denrées, elles enrichissaient également les aliments d’arômes et de saveurs variés.
Le poisson séché, le stockfisch, était le principal produit d’exportation de la Norvège médiévale. Quant à la viande, elle était conservée par salaison ou séchage. Les chutes de viande, mélangées à de la graisse, étaient soigneusement insérées dans des boyaux pour confectionner des saucisses. De longs bâtons étaient insérés à chaque extrémité afin de maintenir la préparation en place avant de la suspendre pour maturation. De nombreux bâtons de ce type ont été découverts lors de fouilles archéologiques dans des villes médiévales.
Le lait était transformé en beurre, fromage et autres produits laitiers durables. Pour baratter le beurre, on utilisait notamment un petit morceau de bois rappelant une rondelle de bâton de ski. La crème ou la crème aigre était versée dans un récipient haut, où un pilon était actionné de façon répétée jusqu’à ce que le beurre se forme. Très apprécié, le beurre était parfois moulé dans un récipient en bois finement sculpté en forme de maison pour orner la table. Il pouvait également être décoré de motifs grâce à un peigne à beurre rainuré avant d’être présenté aux convives.
La planche ovale en bois provient d’un moule à fromage. Au Moyen Âge, le fromage aigre était très courant. On le préparait en chauffant du lait écrémé aigre, ce qui faisait coaguler les protéines et séparait le petit-lait du caillé. Le petit-lait s’écoulait ensuite à travers de petits trous ovales percés au fond du moule.
L’objet en bois, ressemblant à un couteau, servait à séparer la crème du lait. Après un temps de repos, une couche de crème se forme à la surface du lait. En inclinant doucement le récipient, le lait pouvait être versé dans un autre contenant tout en retenant la crème avec cet ustensile, permettant ainsi une séparation précise des deux substances.
Mais quel est le lien entre les rouleaux à pâtisserie et la conservation des aliments ? La cuisson, bien sûr ! En transformant la farine en pains plats ou biscottes grâce à ces ustensiles, on prévenait efficacement la détérioration de la farine par la moisissure.
21. À votre santé – boissons raffinées dans des cruches et verres impressionnants
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Brasser de la bière n’était pas simplement une tradition, c’était une véritable obligation. Le rituel du toast, levant le verre en signe de gratitude envers le Christ et la Vierge Marie, symbolisait également des prières pour la paix et la prospérité des récoltes futures. Les coupes devaient être généreusement remplies de bonnes boissons pour marquer les grandes occasions telles que les baptêmes, les mariages et les funérailles.
Au Moyen Âge, l’introduction du houblon révolutionna la brasserie norvégienne, ajoutant une saveur amère et améliorant la conservation de la bière. Dans le même temps, le vin devint plus accessible dans le pays. Principalement importé d’Allemagne et de France, on consommait également du vin grec. Le vin était à l’époque une denrée périssable, un vin naturel, sans ajout de sucre ni de sulfites. Dans les demeures opulentes et les monastères, le vin était servi dans des cruches somptueuses. L’une d’entre elles, ornée d’un visage, provient de Grimston, en Angleterre, et a été retrouvée parmi les vestiges du monastère de Saint Olav à Oslo.
Les gobelets en verre ornés de petites protubérances devinrent particulièrement populaires dans la seconde moitié du Moyen Âge. Le verre haut, cerclé d’anneaux et appelé passglas, indiquait la quantité à boire avant de le faire passer à l’invité suivant, ce qui lui a valu son nom. Ces verres figuraient parmi les modèles les plus prisés en Europe du Nord entre 1550 et 1670. En Norvège, tout le verre était importé, car la production locale de verres à boire ne débuta qu’au XVIIIe siècle.
Les gobelets en bois, quant à eux, pouvaient être fabriqués localement. Un petit gobelet comme celui-ci était probablement utilisé pour le vin. On buvait également une boisson appelée mungát, « nourriture des désirs », dans des gobelets plus grands. Cette bière légère était brassée à domicile, et bien moins onéreuse que la bière importée. Lors des grandes occasions, la bière était servie dans des cornes à boire richement ornées de métal, certaines étant même munies de pieds. Nous vous invitons à découvrir ces magnifiques cornes à boire à l’exposition HERITAGE, au premier étage.
22. La marmite – le cœur de la cuisine
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Ça mijotait souvent dans la marmite en stéatite qui trônait au-dessus du foyer de nombreuses maisons au Moyen-âge. La stéatite, reconnue pour sa capacité à retenir efficacement la chaleur tout en minimisant la consommation de combustible, était idéale pour les cuissons lentes nécessaires aux ragoûts et aux bouillies.
Les marmites en fer et en cuivre, bien que coûteuses, se distinguaient par leur exceptionnelle durabilité. En cas de fissure, on pouvait les réparer en soudant de longues pièces de fer. Cela n’a rien d’étonnant, car au cours de la seconde moitié du XVe siècle, une marmite en fer neuve coûtait autant qu’une vache. Les marmites en cuivre, équipées de trois pieds élevés et d’une anse, étaient très pratiques : on pouvait les suspendre au-dessus du feu ou les poser directement sur les braises.
Dans les villes, on trouvait également des marmites en céramique importées de l’étranger. À partir du XIVe siècle, les marmites à trois pieds commencèrent à faire leur apparition, offrant ainsi un meilleur contrôle de la chaleur sous le récipient. Ces ustensiles, équipés de trois pieds et d’un manche, étaient appelés « marmites à queue ». Le manche, creux comme une queue, permettait d’y insérer une tige pour déplacer facilement la marmite dans et hors du feu. Devenus très populaires vers la fin du Moyen Âge, ces récipients pratiques étaient principalement importés d’Europe du Sud, y compris de l’Allemagne du Nord et de la Scandinavie méridionale.
Tandis que les boulangers professionnels disposaient de fours à pain, la plupart des gens utilisaient simplement une pierre plate pour faire cuire et griller leurs aliments. Des centaines de ces pierres ont été découvertes dans les villes médiévales norvégiennes. Fabriquées en ardoise ou en stéatite, elles étaient rainurées des deux côtés. Des études indiquent que ces pierres plates, polyvalentes, étaient utilisées non seulement pour griller de la viande, mais aussi pour cuisiner une variété de plats à base de produits laitiers et végétaux.
23. Qu’y avait-il sur la table?
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Dans la vie quotidienne médiévale, chacun piochait directement dans la marmite commune avec sa propre cuillère, précieusement conservée. En revanche, les cuillères en argent, souvent ornées d’une couronne, transcendaient leur usage quotidien pour devenir de précieux présents lors de fiançailles ou d’autres grandes célébrations. Seules les familles les plus aisées dressaient leur table avec une nappe immaculée et de petits pains individuels pour chaque convive.
Autrefois comme aujourd’hui, le couteau servait d’outil universel. Porté à la ceinture, il était indispensable pour trancher tout, des légumes à la viande, en passant par le pain. Des fouilles ont également révélé l’existence de grands couteaux à découper en fer. Les grandes fourchettes à deux dents, quant à elles, étaient utilisées pour rôtir et servir de généreux morceaux de viande. Les fourchettes pour manger ne se généralisèrent en Norvège qu’au XVIIIe siècle.
Les archéologues ont mis au jour des vestiges témoignant de la richesse culinaire du Moyen Âge. À cette époque, les marchés abondaient en une diversité de poissons bien plus grande que celle que nous connaissons aujourd’hui. Des espèces courantes telles que la morue et le lingue côtoyaient des poissons considérés comme rares, telle la sole et la lamproie, désormais menacée d’extinction
De nombreux coquillages ont été découverts dans les villes médiévales. Des recettes médiévales continentales de soupes, de ragoûts et de plats à base de coquillages ont également été préservées. Cependant, l’importance réelle de ces fruits de mer dans l’alimentation de l’époque reste encore peu étudiée.
Des fouilles ont révélé de nombreux coquillages dans les sites urbains médiévaux, témoignant de leur utilisation dans l’alimentation de l’époque. Des recettes continentales de soupes, ragoûts et autres plats à base de coquillages ont été préservées. Toutefois, le rôle précis de ces fruits de mer dans le régime alimentaire médiéval reste encore peu exploré.
Les analyses des ossements animaux révèlent qu’au Moyen Âge, à Oslo, la viande de bœuf constituait la principale source de protéines animales. Par la suite, l’agneau et la chèvre devinrent plus fréquents dans les marmites, surpassant peu à peu le porc. Dans un esprit de non-gaspillage, les os souvent brisés témoignent de l’extraction méticuleuse de la moelle, un ingrédient alors prisé pour sa richesse nutritionnelle. Une recette de tarte à la moelle témoigne de l’intérêt des élites pour cet ingrédient raffiné :
« Faites mijoter des os de cerf, puis cassez-les une fois refroidis. Préparez une pâte avec de la farine de blé et de l’eau froide, ajoutez du sel, du poivre et de la cannelle. Extrayez la moelle des os, façonnez une farce et enfournez le tout dans une tourte.»
24. La nourriture comme remède
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Au Moyen Âge, les érudits traçaient des correspondances entre tous les éléments de la création divine, de l’immense cosmos à la santé humaine. Les aliments étaient classés selon leurs propriétés intrinsèques : chauds, froids, secs ou humides, chacun influençant les liquides – ou humeurs – corporelles de manière spécifique. Ainsi, l’alimentation jouait un rôle essentiel dans le maintien de l’équilibre des quatre humeurs du corps : le sang, la bile jaune, la bile noire et le flegme. Cette conception, qui associait les humeurs corporelles à l’apparition des maladies, est connue sous le nom de pathologie humorale. Selon cette logique, une alimentation soigneusement adaptée pouvait non seulement prévenir les maladies mais aussi soigner.
Un exemple emblématique est celui de la sauge. Cette plante médicinale ancienne a longtemps été utilisée pour traiter une large gamme de maux, allant de la constipation à la dépression, en passant par les troubles de la ménopause. Son nom dérive du mot latin salvare, qui signifie « guérir ». Hildegarde de Bingen, nonne allemande, une autorité en théologie et en sciences, affirmait au XIIe siècle :
« La sauge, chaude et sèche par nature, croît grâce au soleil plus qu’à l’humidité du sol. Sa sécheresse la rend efficace contre les humeurs nocives, pouvant être consommée, crue ou cuite, pour traiter des déséquilibres corporels.
31. Rencontrez le tailleur de pierre
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Le tailleur de pierre Chris Fleurie raconte
À partir du Moyen Âge, il fallait voyager loin pour devenir tailleur de pierre. C’est d’ailleurs encore le cas aujourd’hui. Au Moyen Âge, on commençait en tant qu’apprenti. On travaillait en général avec son père ou son oncle. On commençait jeune, dès qu’on était assez robuste pour porter les outils, l’eau et la bière. Au fond, on était un garçon de course. On faisait plein de choses. Et puis on gravissait progressivement les échelons.
La pierre à tailler, on la trouvait toujours dans les environs, le plus près possible. En effet, au Moyen Âge comme aujourd’hui, transporter la pierre coûtait cher. Alors, il était préférable de l’extraire d’une carrière proche du chantier. La technique usuelle consistait à trouver une fissure naturelle dans la pierre et d’y planter des coins en bois. On laissait ensuite la nature faire le reste du travail. Avec le temps, les coins gonflaient et fendaient la pierre le long des fractures naturelles de la pierre.
Les tailleurs de pierre et les forgerons étaient indissociables. En général, ils possédaient cinq jeux d’outils. On remettait ses outils le soir chez le forgeron et, le matin, on reprenait ses outils affutés et tranchants.
La priorité était de construire une base solide pour le bâtiment, laquelle devait supporter tout ce qui allait être au-dessus. Pour ce qui est de la conception de l’édifice, on commençait par la nef centrale de l’église, puis on l’élargissait en construisant le transept. Ensuite, la construction pouvait se poursuivre. À noter que l’on a construit la plupart des églises à partir de petites chapelles.
Lors de la construction du bâtiment, on avait besoin d’une pierre qui maintenait tout l’ensemble, une pierre parfaitement façonnée et adaptée à cette fin. En France, on l’appelle clé de voûte. Normalement, cette pierre – dont vous avez tous certainement déjà vu un exemple – est la pierre centrale d’un arc. C’est la dernière pierre à être posée. Les clefs de voûte doivent s’insérer parfaitement au niveau de la jonction. Sinon, il y aurait une pression excessive à un endroit et tout s’effondrerait. La preuve en est que si vous regardez des ruines autour de vous, vous verrez que les arcs sont toujours debout, tandis que tout le reste s’est effondré.
Dès qu’ils avaient fini de tailler la clef de voûte, les tailleurs la montaient jusqu’en haut et la plaçaient au bon endroit. Et lorsqu’on enlevait l’échafaudage et les étais, il ne restait plus qu’à constater la perfection de l’ouvrage. Lorsqu’il n’y avait plus d’étais et que rien ne tombait, on célébrait alors une messe et on louait le Seigneur.
32. Runes et lois en vieux norrois
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Runes aux norrois
e(inn), t(veir), þ(rír), f(jórir), f(imm), s(ex), s(jau), á(tta), n(íu), t(íu), e(llifu), t(olf), þ(rettán), f(jórtan), f(imtán), s(extán), s(jautján), á(ttján), n(ítján), t(uttugu).
Voilà comment on compte d’un à vingt en vieux norrois. Sur le bâton runique, seule est gravée la première lettre de chaque chiffre. Écoutez plusieurs inscriptions runiques de l’exposition et quelques-unes des lois du pays, la Landslov, de 1274.
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Ásbjǫrn á mik. / J’appartiens à Asbjørn
Ce message est gravé sur une étiquette qu’un homme du nom d’Asbjørn avait probablement fixée sur certains de ses possessions.
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Ailleurs, nous trouvons le début de l’alphabet runique, comme les trois premières lettres f, u, þ, futh, ou les six premières, f, u, þ, o, r, k, fuþork.
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„Hversu fór mál þat er þú reist í Krosskirkju?“
„Óli er óskeyndr auk stroðinn í rassinn.“
„ … vel fór þat.“
« Quelle était la déclaration que vous avez gravée dans l’église Sainte Croix ? »
« Ole n’a pas le derrière sec et s’est fait baiser dans le cul. »
« Ça s’est bien passé ! »
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Eilífr virðivægr á mik. Vit Steingrímr hǫfum mælt mart okkar ímilli fyrir þá sǫk at ek vil nema af því rúnar.... / J’appartient à Eiliv le digne. Steingrim et moi avons beaucoup parlé ensemble parce que je veux apprendre des runes de cette façon.
Sur un seul et même bâton runique, il y a plusieurs inscriptions entre lesquelles nous ne trouvons aucun lien. Plusieurs personnes les ont probablement gravées. Voici les deux autres inscriptions :
Þau eru bæði í búð saman, Klaufa-Kári ok kona Viljalms… Heit sæl(l) þú þá. / Ils vivent dans le même logement, Kløve-Kåre et la femme de Vilhjalm... Quelle chance !
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Knǫrr, ek spyr þik: vilt þú gipta mér einaþá es þar er, þessar, m-istil, r-istil, t-istil, h-istil, k-istil. / Knor, je te demande : Veux-tu me marier à l’un d’eux ? Et il y a ceux-là : mistill, ristill, tistill, histill, kistill.
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Manus Domini, sit su…
Bryngerðr er þat fol/fól…
(Þ)at er satt.
Main du Seigneur, soit sur...
Bryngjerd, c’est...
C’est vrai.
Peut-être ces runes nous disent-elles qu’une femme qui s’appelait Bryngjerd a mis sa vie entre les mains de Dieu ? L’inscription est en latin et en norvégien.
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Nikulás ann konu þeirri vel er Gýríðr heitir, stjúpdóttir Pitas-Rǫgnu. / Nikolas aime tellement la femme qui s’appelle Gyrid, la belle-fille de Pitas-Ragna.
Extrait de la Loi du pays de Magnus
En 1274, le roi Magnus “le Législateur” promulgua une loi applicable dans toute la Norvège. Cette loi est écrite en vieux norrois, ou vieux norvégien. Mais que disait cette loi ? En voici quelques exemples.
Nú skal fátǿka menn herbergja um nætr, ok reka eigi út síðan en sól er sett. / Il faut maintenant accueillir les pauvres pendant la nuit et ne pas les chasser après le coucher du soleil.
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Nú er þat greinandi, at ef sá maðr stelr mat, er eigi fær vinnu sér til fóstrs, ok hjalpar svá lífi sínu fyrir hungrs sakir, þá er sá stuldr fyrir engan mun refsingar verðr. / Si celui qui ne trouve pas de travail, pour subvenir à ses besoins, vole de la nourriture, ce qui lui permet de ne pas mourir de faim, alors ce vol ne mérite en aucune façon d’être sanctionné.
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Ef verkmaðr gengr í fyrstu vist, ok tekr fulla leigu, kaupi sér hit fyrsta sumar øxi, en annat skjǫld ok hit þriðja spjót. / Si un ouvrier est dans son premier travail et qu’il reçoit un salaire complet, alors il s’achètera une hache le premier été, un bouclier le deuxième, et une lance le troisième.
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En ef hann vill selja vali, þá á konungi fyrst at bjóða, fyrr en ǫðrum. / Et s’il veut vendre des faucons, il doit d’abord les proposer au roi avant de les proposer aux autres.
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Þat er ok úbótamál at falsa steðja, bréf eða innsigli konungs várs. Þat er ok úbótamál at drepa þann mann er konungs bréf ok innsigli hefir fyrir sér til landsvistar eða rannsaks. / Il est aussi punissable de falsifier la pièce de monnaie, la lettre ou le sceau de notre roi. Il est aussi punissable de tuer l’homme qui apporte une lettre et un sceau du roi pour une protection royale ou un examen judiciaire.
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At þessi bók skal heðan af ganga um aldr ok ævi um allan Noreg /... que ce livre s’applique à partir de maintenant à toute la Norvège et pour toujours.
33. Rencontrez le forgeron d'armes
Transcription
Le forgeron Anders Helseth explique comment on forgeait des armes au Moyen Âge
D’abord, je mets du charbon déjà incandescent dans mon âtre déjà emplie de charbon. Ensuite, je tire sur mes soufflets de forge pour alimenter en air et faire monter la chaleur. Quand le charbon commence à chauffer, le bruit qu’il fait change. Il se transforme en un son plus profond.
Maintenant, je vais souffler sur le charbon pour que la chaleur s’intensifie et que mon fer jaunisse, à une température d’environ 1000 degrés. Cela dépend de ce que l’on veut forger. Pour un travail comme celui-ci avec du fer mou qui doit être beaucoup travaillé, c’est une bonne température.
Pendant que je travaille, la température baisse et le fer commence à devenir gris-noir. Il est encore chaud. Je peux laisser la chaleur travailler à ma place et ramollir le fer. Je retourne donc à l’âtre, et aux soufflets.
Comme je forge de petits objets, le tas de charbon n’est pas très gros. Nous n’avons que quelques petits objets qui sortent de l’âtre et qui ne pèsent pas lourd. Mais si je dois forger une longue épée, il faut sûrement que j’organise mon âtre différemment. Et que j’empile quelques pierres pour former un grand âtre oblong avec un gros tas de charbon. Il me faut avoir de l’aide de quelques assistants. Je commence par former un tas. Je prends un bon morceau de fer assez gros. Ensuite, à côté de ce morceau de fer, je place des plaques d’acier trempé plus dur.
Ensuite, j’assemble ces morceaux, peut-être en enroulant du fil de fer autour pour bien les coller ensemble au début. Je chauffe le tout à une température extrêmement élevée, proche du point de fusion. Le métal alors chauffé à blanc, l’acier dégage de la fumée, brûle probablement un peu en surface, gicle et fait des étincelles, comme des étoiles filantes.
Puis, je sors le tout de l’âtre et le pose sur l’enclume. Je vais alors faire ce que l’on appelle un soudage par forgeage. À haute température, l’acier devient collant en surface. Si les éléments fusionnent au bon moment, ils seront soudés ensemble et comme faits d’une seule pièce. La raison pour laquelle je fais ainsi, c’est que l’acier dur est un peu luxueux, un peu plus cher. Je l’utilise donc uniquement dans les bords coupants et là où j’en ai besoin.
Voilà comment nous travaillons, formons et forgeons jusqu’à ce que notre objet, constitué de plusieurs parties, soit étiré en forme d’épée. Dans la cité médiévale, j’aurais probablement trempé l’acier. Et puis j’aurais transmis l’épée à celui que l’on appelle le fourbisseur. Il fabrique des poignées, et il finit de polir l’épée. Ce travail est presque plus important que la forge de l’épée. Il pose ensuite une poignée, avant de coudre le fourreau, et de vendre l’épée au client. Je suis un peu dépité parce qu’il gagne plus que moi.
La Norvège médiévale, contrairement au reste de l’Europe, avait des lois obligeant les paysans à posséder des armes. Le nombre d’armes que vous deviez avoir dépendait entièrement de votre richesse. Mais si vous apparteniez à la classe moyenne ou supérieure, vous étiez obligé de venir à ce qui s’appelait l’assemblée des armes avec un certain nombre d’armes. Et même avec un casque. En Norvège, nous avons retrouvé beaucoup de couvre-chefs de fer, appelés à l’époque bonnets d’acier. Il s’agissait peut-être d’une protection typiquement scandinave. Nous en avons découvert plusieurs exemplaires lors de fouilles et nous savons fort bien comment ils avaient été fabriqués. On les a tout simplement assemblés à partir de minces plaques de métal.
Une fois les plaques étirées, je découpe des morceaux de la bonne forme à l’aide d’un burin – probablement une taille que j’ai sous la main et j’en prends bien soin. Ensuite, je façonne les morceaux de plaque dans la chaleur de l’âtre, éventuellement sur une souche d’arbre, probablement sur l’enclume. Et je les façonne à coups de marteau comme des petits morceaux de soucoupe. Ensuite, je les assemble avec des rivets pour faire un beau casque avec un rebord ou un écran qui protège la nuque et les épaules des armes dangereuses, tranchantes et pointues pouvant venir d’en haut.
Une fois que j’ai terminé de forger le casque, il sera probablement poli. Or nous avons à ce sujet des documents de Bergen qui indiquent le prix du polissage des casques. De même que le prix pour fixer à l’intérieur du casque l’élément en cuir qui rend son port confortable. Peut-être sera-t-il même peint en couleurs vives ? Si vous n’êtes pas un paysan envoyé au combat à contrecœur, mais un soldat professionnel au service d’un noble ou du roi, votre casque a probablement été peint aux couleurs de cette personne puissante.
